Interview avec Adja Aminata Cissé Diop Cofondatrice de SOTILMA, la start-up sénégalaise qui irrigue intelligemment les champs au Sénégal.

Interview avec Adja Aminata Cissé Diop  Cofondatrice de SOTILMA, la start-up sénégalaise qui irrigue intelligemment les champs au Sénégal.

1.             Pouvez-vous vous présenter brièvement et nous raconter comment vous est venue l’idée de créer Sotilma ?

Je m’appelle Adja Aminata Cissé Diop, cofondatrice et directrice générale de Sotilma, une startup sénégalaise spécialisée dans les solutions d’irrigation intelligente.

L’idée de Sotilma est née d’un constat simple mais alarmant : une grande partie des pertes agricoles au Sénégal et en Afrique est liée à une mauvaise gestion de l’eau. Pendant mes échanges avec des agriculteurs, j’ai vu à quel point l’irrigation manuelle, irrégulière et énergivore limitait leur productivité. Nous avons donc voulu créer une solution locale, accessible et adaptée. Un outil capable d’aider les agriculteurs à contrôler leur irrigation à distance, sans dépendre d’Internet ou du réseau électrique classique.

2.             Pouvez-vous nous présenter Sotilma, sa mission principale et la vision qui guide votre entreprise ?

Sotilma est une entreprise agri-tech qui développe des vannes automatiques solaires connectées à une application mobile. Grâce à cette application, les agriculteurs peuvent ouvrir et fermer leurs vannes à distance, choisir la quantité d’eau à distribuer, programmer leurs horaires d’arrosage, et même laisser l’intelligence artificielle ajuster automatiquement les besoins d’irrigation selon l’état du sol.

Notre mission principale est de rendre l’agriculture africaine plus intelligente, plus durable et plus autonome.

Notre vision est celle d’un continent où les innovations locales ne sont pas de simples adaptations, mais de véritables références mondiales des solutions conçues en Afrique, pour l’Afrique, et par l’Afrique.

3.             Quels sont les principaux domaines d’innovation de Sotilma et comment ces technologies répondent-elles aux besoins du marché sénégalais et africain ?

Les innovations de Sotilma reposent sur trois piliers technologiques :

●      Les systèmes embarqués, intégrés dans nos vannes automatiques, permettent le contrôle et la distribution précise de l’eau sans intervention humaine.

 

●      L’intelligence artificielle, utilisée pour l’agriculture de précision, permettant à nos dispositifs d’ajuster automatiquement la quantité d’eau selon les besoins hydriques du sol.

 

●      Les technologies de communication locale, qui rendent possible le fonctionnement sans Internet grâce à des antennes intégrées, une vraie révolution pour les zones rurales mal connectées.

 

Ces innovations répondent directement aux défis structurels du marché africain : manque d’énergie, faibles infrastructures numériques, et besoin de solutions simples, durables et abordables.

4.             De quelle manière Sotilma contribue-t-elle au développement local, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de l’énergie ou de l’industrie au Sénégal et en Afrique ?

Sotilma contribue au développement local sur plusieurs plans :

●      Dans le secteur agricole, notre solution permet d’économiser, d’augmenter les rendements et de réduire la pénibilité du travail des agriculteurs.

 

●      Sur le plan énergétique, nos dispositifs sont entièrement solaires, offrant une autonomie totale, même dans les zones sans électricité.

 

●      Au niveau industriel, nous développons une chaîne locale, favorisant l’emploi de jeunes techniciens et ingénieurs sénégalais.

En somme, Sotilma participe à la souveraineté technologique et agricole du continent tout en stimulant l’économie locale.

5.             Quels sont les plus grands défis que vous rencontrez aujourd’hui dans le secteur technologique en Afrique, et quelles opportunités voyez-vous pour l’avenir ?

Le premier grand défi reste le financement de l’innovation locale. Beaucoup d’investisseurs hésitent encore à faire confiance à des projets technologiques “made in Africa”.

Le second défi est l’accès au matériel électronique et aux infrastructures de test, souvent coûteux ou difficiles à obtenir localement.

Enfin, il existe encore une faible culture de l’adoption technologique dans le monde rural, ce qui demande beaucoup de pédagogie et d’accompagnement.

Mais ces défis sont aussi des opportunités : l’Afrique est un laboratoire d’innovation à ciel ouvert, un marché jeune, dynamique et plein de besoins concrets. Ceux qui sauront inventer des solutions adaptées feront émerger la prochaine génération de champions technologiques africains.

6.             Quels sont les projets phares ou ambitions de Sotilma pour les prochaines années, au niveau national et international ?

À court terme, nous visons à équiper l’ensemble des exploitations agricoles et les jardins municipaux du Sénégal avec nos systèmes d’irrigation automatisés.

Nous travaillons aussi à l’extension de Sotilma dans d’autres régions agricoles clés.

À moyen terme, notre ambition est de devenir la référence africaine de l’irrigation intelligente, en exportant notre technologie vers d’autres pays du continent.

Nous préparons également une nouvelle génération de vannes plus compactes, dotées d’une intelligence embarquée plus avancée et d’une interface mobile multilingue.

Notre objectif final est clair : faire de Sotilma un acteur panafricain majeur de la transition agricole et énergétique.