LA CULTURE HYDROPONIQUE AU SÉNÉGAL : UNE ALTERNATIVE DURABLE À LA CULTURE EN SOL .

LA CULTURE HYDROPONIQUE AU SÉNÉGAL : UNE ALTERNATIVE DURABLE À LA CULTURE EN SOL .

Présentation de notre experte

Marième Ndiaye se définit comme une « amoureuse de l’agriculture ». Formée en agronomie et en agro-business, elle possède une solide expérience de terrain et a piloté l’installation d’une serre hydroponique équipée d’un système de fertigation. Elle allie rigueur technique, sens pratique et capacité à transformer l’innovation agronomique en projets créateurs de valeur.

Fondatrice d’AGRIVISEN, une entreprise sénégalaise qui développe un modèle intégré alliant production agricole, aviculture, transformation de plantes locales en tisanes et accompagnement technique et commercial des agripreneurs, Mme Ndiaye incarne l’esprit d’innovation au service du développement agricole.

 

INTRODUCTION 

Au Sénégal, l’agriculture représente environ 15% du PIB et emploie 22 à 23% de la population active. Cependant, elle est toutefois très vulnérable aux aléas climatiques (les variations pluviométriques, les sécheresses récurrentes) et doit, de plus, nourrir une population urbaine croissante (Dakar compte déjà plus de 3 millions d’habitants). En effet, par ailleurs, le secteur agricole consomme 70 à 80% de l’eau prélevée au pays, or les ressources hydriques sont limitées. Selon la banque mondiale, la demande en eau pourrait augmenter de 30 à 60% d’ici à 2035, ce qui met le pays en situation de stress hydrique. Donc, l'innovation dans le domaine agricole s'avère indispensable pour parvenir à une productivité durable, surtout dans ce contexte de raréfaction de l’eau et de réduction des terres arables disponibles (la pression foncière urbaine, la dégradation des sols). C’est dans cette perspective que la culture hors-sol, à l’occurrence l’hydroponie, devient une solution alternative.

Cet article met en lumière l’opportunité qu’offre la culture hors-sol pour produire davantage sur moins de terres tout en préservant les ressources hydriques.

 

C’EST QUOI L’HYDROPONIE ?

La culture hydroponique ou culture hors sol consiste à faire pousser des plantes sans sol comme support végétal. C’est à dire que les racines des plantes sont plongées dans un milieu inerte (par exemple de la perlite, de la fibre de coco, du sable lavé ou un autre substrat neutre). Les racines sont irriguées par une solution nutritive (de l’eau enrichie en minéraux). Cette méthode est plus souvent adaptée aux serres ou fermes verticales, où l’on peut contrôler l’environnement (la température, la lumière, la composition de la solution nutritive, etc.) et limiter les risques de maladies ou de contamination par le sol.

 

EN QUOI L’HYDROPONIE CONSTITUE T-ELLE UNE ALTERNATIVE AVANTAGEUSE À LA CULTURE EN SOL ? 

·       L’hydroponie permet de multiplier les récoltes grâce à des rendements plus élevés et des cycles de production accélérés.

En plein champ, la densité des cultures est contrainte par la qualité du sol, la disponibilité en eau et l’exposition aux maladies. Par contre, en hydroponie, chaque mètre carré est valorisé au maximum afin d’optimiser l’espace disponible. De plus, Les fermes hors-sol peuvent être installées dans ou aux abords des villes, libérant les contraintes foncières.

Prenons l’exemple de la laitue, lorsqu’on plante généralement entre 10 à 15 plants/m², on obtient un rendement moyen de 20 à 25 tonnes/ha/an selon les pratiques. Alors qu’en hydroponie (système NFT ou DWC), la densité atteint est de 25 à 30 plants/m², avec une rotation plus rapide. Cela peut donner jusqu’à 50 à 60 tonnes/ha/an dans des conditions optimisées. 

 Culture de la laitue en hydroponie et en plein champ 

·        L’hydroponie assure une durabilité grâce à l’économie d’eau et une production continue.

Les systèmes hydroponiques modernes, permettent de réduire drastiquement les pertes par évaporation ou percolation. Par exemple, des unités hydroponiques fermées reportent jusqu’à 90 % d’économies d’eau. De plus, grâce à la maîtrise des cycles, on produit hors-saison et toute l’année en culture hydroponique, ce qui réduit les ruptures d’approvisionnement fréquentes sur les marchés sénégalais. Par contre, en champ ouvert, les besoins en eau sont beaucoup plus élevés, d’autant que le sol retient mal l’humidité lors de fortes chaleurs.

·       Les substrats inertes en hydroponie réduisent les maladies et protègent la santé des cultures.

Les substrats inertes comme la laine de roche, la fibre de coco traitée etc. réduisent les maladies et protègent la santé des cultures parce qu’ils n’abritent pas le réservoir naturel de pathogènes présent dans les sols. Ils permettent un contrôle précis de l’environnement racinaire (l’humidité, l’aération, le pH, la conductivité). Ce qui limite fortement le développement de pourritures et autres agents pathogènes. De plus, ces supports se nettoient, se stérilisent ou se remplacent facilement et facilitent la désinfection des circuits d’irrigation, ce qui réduit la dissémination des maladies.

Attention toutefois : sans bonnes pratiques d’hygiène (la filtration, la désinfection, le renouvellement de la solution), des biofilms ou des microbes peuvent s’installer ; il faut donc associer substrat inerte et gestion rigoureuse du système.

 

QUELS SONT LES OBSTACLES QUI FREINENT L’ADOPTION GENERALISÉE DE L’HYDROPONIE AU SENEGAL ?

 

Malgré ses avantages, l’hydroponie pose encore des défis qui freinent son développement. 

La mise en place d’installations hydroponiques exige un coût important (serres, colonnes de culture, systèmes de pompage, circuits de nutriments, régulation climatique). De plus, gérer un système hydroponique demande des connaissances spécifiques (dosage des nutriments, contrôle du pH, entretien des pompes, diagnostic rapide des pannes). Les exploitants doivent être formés à la fois aux principes agronomiques hors-sol et aux technologies associées.

La culture hydroponique gagne progressivement en crédibilité comme voie d’avenir pour l’agriculture sénégalaise, malgré ces freins, Elle répond directement aux problèmes d’eau et d’espace, tout en offrant de meilleurs rendements et une qualité sanitaire accrue. Pour passer à l’échelle, il faudra toutefois des politiques de soutien (formation, accès au crédit, partenariats public-privé) afin de surmonter les coûts initiaux et bâtir une filière autonome.

Voici quelques conseils avant de se lancer dans la culture hydroponique :

 Article rédigé par Marième Ndiaye, Fondatrice d’AGRIVISEN.