Pisciculture au Sénégal : espèces, alimentation, coûts et opportunités

Pisciculture au Sénégal : espèces, alimentation, coûts et opportunités

Pendant longtemps, lorsqu’on parlait de production de poisson au Sénégal, la pêche occupait naturellement le devant de la scène. Mais l’aquaculture prend progressivement une place plus importante dans le paysage agricole et alimentaire du pays.

Les dernières données de l’ANSD montrent une progression significative : la production aquacole est passée de 1 804 tonnes en 2023 à 2 074 tonnes en 2024, soit une hausse de 15 % en un an. Dans le même temps, le nombre de fermes aquacoles est passé de 283 à 342.

La tendance est encore plus intéressante lorsqu’on regarde l’évolution sur plusieurs années : la production était de 1 374 tonnes en 2021, 1 586 tonnes en 2022, 1 804 tonnes en 2023 puis 2 074 tonnes en 2024.

Ces chiffres ne signifient pas que la pisciculture est devenue une activité facile ou automatiquement rentable. Ils montrent plutôt qu’un secteur existe désormais, avec des producteurs, des infrastructures, des besoins en alevins, en aliments et en équipements.


Pisciculture et aquaculture : quelle différence ?

Les deux termes sont souvent utilisés comme des synonymes, mais ils ne désignent pas exactement la même chose.

L’aquaculture englobe l’élevage ou la culture d’organismes aquatiques : poissons, mollusques, crustacés et plantes aquatiques.

La pisciculture constitue donc une branche de l’aquaculture consacrée spécifiquement à l'élevage des poissons.

Au Sénégal, les statistiques aquacoles peuvent ainsi intégrer différentes productions. L’ANSD précise que l’aquaculture couvre notamment les organismes aquatiques élevés dans des installations contrôlées.

Pour un entrepreneur qui souhaite se lancer dans l'élevage de poissons, le terme le plus précis sera généralement pisciculture.


Quelles espèces de poissons peut-on élever au Sénégal ?

Le choix de l'espèce constitue l'une des premières décisions à prendre avant de créer une exploitation piscicole.

Les données disponibles sur l'aquaculture sénégalaise montrent notamment la présence du tilapia du Nil (Oreochromis niloticus), du tilapia d'eau saumâtre (Sarotherodon melanotheron) et du poisson-chat (Clarias gariepinus).

Le tilapia

Le tilapia est particulièrement important dans la pisciculture sénégalaise.

Une étude consacrée aux exploitations aquacoles du pays indiquait que 83 % des fermes étudiées produisaient principalement du tilapia, notamment en étangs et en bassins en béton. La majorité des cycles observés se situaient entre 6 et 12 mois.

Le tilapia présente donc un intérêt particulier pour les producteurs qui souhaitent développer une production destinée au marché.

Le poisson-chat

Le Clarias, souvent appelé poisson-chat africain, fait également partie des espèces utilisées en aquaculture.

Des travaux de la FAO ont étudié depuis plusieurs décennies les possibilités d'élevage du Clarias et du tilapia en Afrique, notamment dans des systèmes d'étangs et de polyculture. Ces références techniques sont anciennes et doivent être adaptées aux conditions actuelles du Sénégal.


Quels systèmes pour pratiquer la pisciculture ?

Il n'existe pas un seul modèle de pisciculture.

Le producteur peut notamment travailler avec :

Les étangs

L'étang constitue l'un des systèmes traditionnels de production piscicole. Il peut être aménagé sur une exploitation disposant de conditions hydriques adaptées.

Le principe consiste à contrôler le milieu, introduire les alevins, assurer leur alimentation et leur suivi jusqu'à la récolte.

Les bassins en béton

Les bassins permettent un meilleur contrôle de l'environnement d'élevage et peuvent être utilisés dans des exploitations disposant de peu d'espace.

Ils nécessitent cependant des investissements en construction, alimentation en eau, évacuation et parfois en équipements d'aération ou de pompage.

Les cages

La production en cages peut être réalisée dans certains plans d'eau adaptés.

Les données régionales montrent toutefois que les infrastructures peuvent évoluer fortement d'une année à l'autre. À Sédhiou, par exemple, le nombre de cages aquacoles est passé de 77 en 2023 à 25 en 2024.

Cela rappelle qu'un projet piscicole doit être étudié en fonction du site, de la disponibilité de l'eau et de la faisabilité technique.


Combien faut-il investir dans une pisciculture au Sénégal ?

Il est difficile de donner un montant unique valable pour tous les projets.

Le coût dépend principalement du modèle choisi.

Une petite exploitation en bassin n'aura évidemment pas les mêmes besoins financiers qu'une ferme disposant de plusieurs étangs ou d'une infrastructure professionnelle.

Parmi les principaux postes d'investissement, on retrouve :

  • l'aménagement du terrain ;
  • les bassins ou étangs ;
  • le système d'alimentation en eau ;
  • les pompes ;
  • les équipements d'aération lorsque nécessaire ;
  • les filets et équipements de manipulation ;
  • les alevins ;
  • l'aliment ;
  • les équipements de stockage ;
  • la main-d'œuvre ;
  • le transport ;
  • l'électricité ou le carburant.

Il faut surtout éviter une erreur fréquente : calculer la rentabilité uniquement à partir du prix de vente du poisson.

Le coût de l'aliment, le taux de mortalité, la durée du cycle, la qualité des alevins, la consommation d'eau et la productivité du système peuvent modifier considérablement le résultat final.


L'alimentation : un poste clé de la rentabilité

Comme dans l'élevage avicole ou bovin, l'alimentation constitue un élément central de la production.

Dans une pisciculture commerciale, le producteur doit maîtriser la quantité d'aliment distribuée et éviter à la fois le sous-alimentement et le gaspillage.

Une étude portant sur les exploitations aquacoles sénégalaises indiquait que 83,08 % des fermes étudiées utilisaient des aliments provenant de l'Agence Nationale de l'Aquaculture, sous forme d'aliment extrudé flottant ou d'aliment coulant fabriqué localement.

Ces données proviennent d'une étude de terrain et ne doivent pas être interprétées comme une situation statistique actuelle de l'ensemble des fermes du Sénégal. Elles donnent néanmoins une indication intéressante sur l'importance de l'alimentation dans le fonctionnement des exploitations.

Pour l'éleveur, le raisonnement économique est simple : plus l'aliment représente une part importante des charges, plus la maîtrise de la conversion alimentaire devient importante.


Les alevins : le point de départ du cycle

La qualité des alevins influence directement la suite de la production.

Des alevins de mauvaise qualité peuvent entraîner :

  • une croissance irrégulière ;
  • des mortalités ;
  • une mauvaise homogénéité du lot ;
  • une durée d'élevage plus longue ;
  • une consommation d'aliment plus importante.

Dans l'étude consacrée aux fermes aquacoles sénégalaises, 79 % des fermes enquêtées déclaraient utiliser des alevins fournis par l'Agence Nationale de l'Aquaculture.

Aujourd'hui, avec le développement du secteur, la disponibilité et la qualité des alevins restent donc des sujets essentiels pour les producteurs.


Fatick : un exemple de dynamique aquacole

Certaines régions montrent particulièrement bien le développement de l'aquaculture au Sénégal.

À Fatick, la production combinée de pisciculture et d'ostréiculture est passée de 257 tonnes en 2023 à 421 tonnes en 2024, soit une progression de près de 64 %.

Sur la même période, le nombre de sites aquacoles est passé de 42 à 87, tandis que le nombre d'acteurs engagés dans le secteur est passé de 665 à 729.

Ces chiffres concernent l'ensemble de l'aquaculture régionale et pas uniquement la pisciculture. Ils montrent néanmoins que l'activité aquacole peut prendre une place significative dans certaines économies locales.


Une activité encore confrontée à plusieurs défis

La progression de la production nationale ne doit pas masquer les difficultés rencontrées par les producteurs.

L'ANSD souligne notamment que la progression de 2024 a été partiellement limitée par la non-finalisation de certains projets et programmes d'aménagement de nouvelles infrastructures aquacoles.

L'accès à l'eau constitue également un enjeu majeur.

Selon la localisation, le producteur doit étudier :

  • la disponibilité de la ressource ;
  • sa qualité ;
  • son renouvellement ;
  • les coûts de pompage ;
  • l'évacuation de l'eau ;
  • les risques liés aux variations saisonnières.

À cela s'ajoutent les besoins en financement, en compétences techniques, en aliments et en débouchés commerciaux.


La commercialisation : l'autre moitié du projet

Produire du poisson est une chose. Le vendre dans de bonnes conditions en est une autre.

Un pisciculteur doit identifier ses débouchés avant même la récolte :

marchés locaux, restaurants, hôtels, grossistes, poissonneries, transformateurs ou consommateurs directs.

La proximité du marché peut avoir un impact important sur les coûts de transport et sur la fraîcheur du produit.

C'est également là que les outils numériques peuvent devenir intéressants.

Une plateforme spécialisée peut permettre à un producteur de présenter son activité, ses poissons disponibles et ses conditions de vente, et de faciliter le premier contact avec des acheteurs.


La pisciculture peut-elle être rentable au Sénégal ?

Oui, une exploitation piscicole peut être économiquement viable, mais la rentabilité ne peut pas être déduite simplement du prix de vente du poisson.

Elle dépend notamment de :

coût des infrastructures + coût des alevins + coût de l'aliment + coût de l'eau et de l'énergie + mortalité + durée du cycle + rendement + prix de vente.

C'est pourquoi deux pisciculteurs produisant la même espèce peuvent obtenir des résultats économiques très différents.

Avant de démarrer, il est donc préférable de construire un petit modèle économique avec des données locales : coût réel des alevins, prix de l'aliment, capacité du bassin, nombre de poissons, mortalité estimée, poids moyen à la récolte et prix de vente.


Acheter et vendre du matériel piscicole au Sénégal

Le développement de la pisciculture crée également des besoins autour de la production :

bassins, pompes, aérateurs, filets, systèmes d'alimentation, alevins, aliments pour poissons et équipements de traitement de l'eau.

C'est un marché complémentaire qui peut intéresser les fournisseurs agricoles et les entrepreneurs spécialisés.

Sur Loumatek, l'objectif est justement de faciliter la mise en relation entre les acteurs de l'agriculture et de l'élevage au Sénégal.

Un fournisseur peut présenter son matériel ou ses produits, tandis qu'un producteur peut rechercher les équipements nécessaires à son exploitation.


Pisciculture au Sénégal : un secteur à suivre

Les chiffres disponibles montrent une évolution intéressante de l'aquaculture sénégalaise.

La production nationale est passée de 1 374 tonnes en 2021 à 2 074 tonnes en 2024, tandis que le nombre de fermes aquacoles atteignait 342 en 2024.

L'Enquête Agricole Annuelle 2024-2025, produite par la DAPSA et documentée avec l'appui de la FAO, intègre désormais des données spécifiques sur la pêche et l'aquaculture, notamment une base consacrée à la production aquacole.

Cela traduit aussi une évolution intéressante : l'aquaculture est de plus en plus intégrée dans les dispositifs statistiques agricoles du pays.

Pour les entrepreneurs, le véritable enjeu sera maintenant de transformer cette progression de la production en modèles d'exploitation techniquement maîtrisés, économiquement viables et capables d'accéder efficacement au marché.

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